BangBang : bangbangblog.com

Punkrockhardcorefolketc

De retour pour crier vengeance: Entrevue avec Tragedy

punkrockhardcorefolketc
27 octobre 2010

Près de 10 ans après son dernier passage à Montréal, la formation hardcore punk qui porte bien haut le flambeau des idéaux DIY sera de retour début novembre dans le cadre du festival A Varning from Montreal. Surprenant qu’on ait dû attendre tout ce temps avant de les revoir ici considérant le fait que le guitariste Yannick Lorrain a vécu à Montréal pendant quelques années. Entrevue avec un exilé.

 Tragedy est né en 2000 des cendres de His Hero Is Gone. Dix ans plus tard, est-ce que vous êtes satisfait de ce que le groupe a accompli par rapport aux objectifs de départ ? S’il y en avait.

 Ooof. L’objectif était de s’amuser et de se défaire d’un peu de pression. On était jeunes, enragés, rejetés, et le groupe était notre passion. Maintenant qu’on approche de la quarantaine et que nous nous sommes enracinés à Portland, les responsabilités à la maison empiètent un peu sur l’élan du groupe. On s’est amusé, on a voyagé partout dans le monde, rencontré plein de gens. On a éparpillé nos frustrations un peu partout et on en a embouteillé d’autres. Sans avoir un but, je crois que ça a valu la peine. 

 Parle-moi un peu de Feral Ward. Est-ce que c’est un projet qui prend beaucoup de temps dans ta vie ? C’est quoi les ‘’critères’’ que tu recherches chez un groupe pour avoir envie de sortir un de ses albums ? Puis la grande question: Pourquoi les albums de Tragedy ne sont-ils pas sur Feral Ward ?

 Feral Ward m’a volé les 5-6 dernières années de ma vie. J’ai rien vu, rien ressenti, rien fait d’autre que le label. C’est un train bien chargé qui a tout écraser au passage dans ma vie et maintenant qu’il ralenti je peux finalement respirer et contempler ou débarquer. Le processus qui mène à la production des disques se fait organiquement: soit je suis ami avec le groupe et de là la relation en découle, ou j’aime de loin et nos chemins se croisent. Y’a jamais de contrats ou de trucs du genre. L’entente a été que je fasse de mon mieux et que le groupe se prenne au sérieux. C’est pas toujours idéal, pour le groupe et pour moi, mais le petit monde du punk underground a ses contraintes et on y moyenne du mieux qu’on peu. Pour ce qui est de Tragedy, pas de grande question là. Tragedy voulait dès le départ s’occuper de soi-même et produire ses propres disques en découlait. On se doutait—et on se l’est prouvé—qu’une relation directe non aliénée était le chemin le plus direct pur satisfaire nos besoins. Les démarches quotidiennes des disques sont ma responsabilité vu que j’y patauge déjà mais on se partage les hauts et les bas de la charge de Tragedy.

 Quel impact a eu l’expression «D.I.Y.» sur ta vie ?

 Je dirais que je ne connais rien d’autre. J’ai eu quelques emplois ici et là en chemin mais en général les idéaux D.I.Y. qui me sont chers ont dirigés ma vie et j’en souffre toujours! Il m’arrive trop souvent ces jours-ci d’examiner mon cheminement et de me demander si je n’ai pas erré en route. 

 Nerve Damage est sortie il y a quatre ans. Qu’est-ce qui s’est passé depuis au sein du groupe? Changement de membres ? Un certain changement d’attitude ? Est-ce qu’on peut s’attendre à un album prochainement ?

 Quatre ans déjà ? Merde. Non, rien de neuf. On a ralenti apparemment. Il y a eu quelques enregistrements, quelques tournées décousues à gauche à droite mais rien d’envergure. Cet hiver on se rendra surement au studio.

D’où vient le désir des images ‘’apocalyptique’’ qui accompagne les albums de Tragedy ?

 Tu m’en apprends. J’y vois rien d’apocalyptique. Je dirais même que Tragedy n’a jamais eu d’imagerie cohésive. Malheureusement. Cela dit, un coup d’œil critique au sein d’où on en est comme civilisation invoque des images plutôt sombre. 

 Pourquoi avoir pris 10 ans (ou presque) avant de revenir à Montréal ?

 Nous sommes des criminels et des exilés.

 Quel est l’album qui est le plus souvent écouté dans la van de tournée de Tragedy ?

 Ça dépend de qui conduit. De plus, nos goûts se sont distancés au fil des années. De mémoire je dirais que ceux-ci ont été écoutés souvent: Social Distortion, Mazzy Star, Terveet Kadet, Deathside, Bastard, Newtown Neurotics, et bien sûr Discharge.

 Le show le plus dangereux auquel tu aies assisté/joué ?

 Il y a eu un duel entre les punks et les skinheads fascistes en Pologne lors d’un de nos concerts en 2002. Ou peut-être quand on a joué les pieds dans 6″ d’eau dans un sous-sol au New Jersey. 

 C’est quoi la différence entre être impliqué dans la scène punk hardcore à la fin de la trentaine comparativement à quand on a dix-huit/vingt ans ? Qu’est-ce qui fait en sorte que ce ‘’mouvement’’ t’intéresse toujours ?

 À cet âge, tu en as fait ta vie par défaut. La scène a son propre cercle d’amis, ses propres coutumes et traditions, son train de vie et, d’une manière, sa propre perspective sur le monde. À 18 ans ton cheminement est toujours indéterminé, les portes te sont ouvertes, tu as l’esprit large et le désir d’imbiber et d’absorber un peu de tout. La scène inspire et motive. Aujourd’hui je n’y trouve que des défauts. Elle me décourage. La scène reflète ce monde en changement et je me sens dépassé et désuet. 

 D’où vient l’idée de l’oiseau pour représenter Tragedy ? Est-ce que c’est simplement un logo ou il y a une idée derrière ça ?

 Y’a une lignée d’oiseaux punk. Le nôtre n’est certainement pas original et on n’y a jamais trop accordé d’importance. C’était un petit croquis dessiné au tout début quand on cherchait une identité visuelle. Il est apparu dans le coin du premier album et les gens l’ont tout de suite mis sur les affiches. On l’a, par la suite, pris comme mascotte. L’oiseau est symbole de liberté… on n’a pas fouillé très creux.

 Album qui vous a le plus influence ? Hear Nothing, See Nothing, Say Nothing de Discharge ou Tragedy de Disclose ?

 Sans doute Hear Nothing.

 Est-ce que la scène punk hardcore manque de débats de fond ? Est-ce que c’est moi ou les groupes avec des idées ‘’radicales’’ se font plus rares ?

 Les années ‘90 nous ont peut-être suri concernant tout cela. Les vagues vont et viennent et les phénomènes se replient sur eux-mêmes. La scène était surement plus conscientisée, les politiques étaient à la surface, et tout ca s’est surement reflété au niveau sociétaire d’une manière ou d’une autre—peut-être la plus grande des contributions du punk au sens large. Mais les attitudes condescendantes, la piété de certains et le rabaissement des autres n’ont pas aidé à garder le dynamisme du bref moment où cela aurait pu compter. De plus, la musique—son urgence, son agression et son potentiel—s’est diluée au point ou la politique n’avait plus de quoi se tenir. Tout s’est effondré rapidement. La pendule s’est élancée de l’autre côté et les politiques sont vite devenus parias. Pour le meilleur ou pour le pire. 

 www.feralward.com

 Le festival A Varning from Montreal se tiendra au Katacömbes à Montréal les 4, 5 et 6 novembre prochain.

 4 novembre: Tragedy, Complications, Preying Hands, Ilegal, Naughty Girls, Accident, Asco et SLOBS.

 5 novembre: Age, Hellshock, Parasytic, Perdition, Nukkehammer, Contagium, Depletion, Fatal Flaw.

 6 novembre: MOB 47, Unruled, Broken, Fear öf Tomorrow, Question, Konfront, Disable

7 novembre: Tragedy, Kraken, Vile Intent, Hold A Grudge au Il Motore. 8$.

Pas encore de commentaire.

Punkrockhardcorefolketc

punkrockhardcorefolketc

Même pas un blog.

À propos